Avis argumenté : le nom des rues reflètent le sexisme de notre société

Parfois on oublie, on oublie toutes sortes de choses mais là le focus c’est qu’on peut arriver à oublier les créatrices de la terre et de l’humanité, les femmes. Nous, peuple de la Terre depuis 7 000 000 d’années, nous privons de pleins de droits la moitié de notre espèce. L’égalité de genre est encore une étoile lointaine pour notre monde toujours novice.

Aujourd’hui, on se bat encore pour tous ces droits que les femmes n’ont pas. On peut faire beaucoup d’actions comme, par exemple, lutter pour féminiser l’espace public. Cette démarche consiste à célébrer l’égalité de genre dans les lieux d’attraction sociale, autrement dit de rendre hommage aux femmes disparues de notre monde et qui retrouveraient sûrement un peu de « popularité » si elles figuraient sur les plaques de rues, ou si on donnerait leurs noms à de grands espaces comme des places ou des parcs.

Depuis le début de notre civilisation nous développons des connaissances, élaborons des pensées, nous exprimons des idées parfois justes, d’autres fois mauvaises, et pour être plus simple nous construisons aussi des maisons, des villages, des villes et des pays entiers! Nous avons appris l’importance des liens, des relations et pour cela nous avons créé des chemins, des rues, des boulevards et des chaussées. Il ne restait plus qu’à leur donner une touche d’identité comme on le fait pour tout. Il fallait les nommer. La première étape du long parcours de l’injustice commence ici, entre nos demeures.

Selon une étude de l’Université libre de Bruxelles (ULB) publiée à l’occasion de la dernière journée internationale de la femme,le 8 mars 2023, seules 4,2 % des voiries en Belgique portent un nom féminin pour 46% avec un nom masculin. Cette proportion varie d’une commune à l’autre et selon la même étude les extrêmes sont compris entre 1% de noms féminins à Evere et 7% à Bruxelles-Ville. Cette disparité se retrouve également dans l’importance des rues que l’on désigne avec un nom féminin. 40% des voiries féminines sont des rues, 23% des avenues, 8% des places, 2,7% des parcs et 1,4% des boulevards. Il suffit d’une petite balade dans la capitale, pour se rendre compte que plus on monte dans la hiérarchie plus les femmes sont rares. 

Mais qui sont ces rares femmes qui voient leur nom affiché sur une plaque de rue ? On les classe en différents types de personnalité : les individuelles, les figures royales et les personnages religieux. Seul un nom de rue, à la capitale, honore une personne transgenre.

L’avenue féminine la plus remarquable de Bruxelles est l’avenue Louise; Louise étant la fille du roi Léopold II de Belgique. L’avenue s’étend sur 2,4 km au cœur de la capitale.

Généralement, pour nommer les rues on choisit les bourgmestres (de la commune en question), les échevins, les conseillers communaux ou alors des représentants du monde artistique comme les peintres, sculpteurs, musiciens, écrivains et parfois les poètes. Dans notre commune, Watermael-Boitsfort, une place remarquable, la place Andrée Payfa-Fosseprez, est dédiée à la femme qui guida cette commune durant 18 ans, de 1976 à 1994.

En guise de comparaison, une recherche sur les capitales les plus inclusives en Europe a été effectuée par l’international place Stockholm en haut du podium avec 19,5 % de rues dédiées aux femmes. Suivent Madrid avec 18,7 % et Copenhague avec 13,4 %. Au fond du classement demeurent Athènes (4,5%) et Prague (4,3%). Cette étude ne classe pas Bruxelles, dont la position est vague. Certains parlent de 6% d’autres de 4,2% de rues féminines. Il est donc compliqué de définir laquelle des toutes ces études est correcte en sachant qu’il y a quand même une différence importante entre ces deux pourcentages.

Cependant, voici une preuve qu’il est possible de remonter dans le classement si on le veut vraiment. En 2018, l’extension du site Tour & Taxi provoque la naissance de 28 nouvelles rues. Une consultation est organisée pour déterminer leurs noms. Ceci a permis de récolter 1400 propositions. Le résultat après la sélection d’un jury n’est pas celui que certaines personnes s’attendaient. Seulement deux rues sur 28 ont été attribuées à des femmes ! Les deux promues ont été Isala Van Diest, premier médecin femme de Belgique et la cinéaste Chantal Ackerman.

Ceci résume que l’occasion était présente mais elle n’a pas été suffisamment prise en considération.

Plus récemment, d’autres projets s’élancent dans l’aventure. “A nous la rue” est un appel pour féminiser l’espace public soutenu par la Secrétaire de l’État à l’égalité des genres, Sarah Schlitsz. Le projet consiste à ce que toutes ces associations, collectifs, militantes, artistes se réapproprient l’espace public et son histoire. Un autre objectif du projet est de rendre hommage aux femmes disparues et de les faire connaître à tous ces gens qui n’ont pas eu la possibilité de les rencontrer, pour les faire revivre même un seul instant dans la mémoire de leur peuple, là où elles demeurent vraiment.

Si vous souhaitez soutenir le projet “A nous la rue !” voici un lien qui vous enverra directement sur le site du projet: https://igvm-iefh.belgium.be/fr/publications/tant_quil_le_faudra_appel_a_projets_pour_legalite_des_genres 

Anita 

 

Sources 

Mes premières sources étant un article paru en Italien sur l’international. I nomi delle strade sono lo specchio del sessismo della società, Eugenia Nicolisi, Internationale, 9 Mars 2023. Cet article a été traduit en français vous le retrouvez sur site suivant: https://igvm-iefh.belgium.be/fr/publications/tant_quil_le_faudra_appel_a_projets_pour_legalite_des_genres

Petites rues pour les femmes, boulevards pour les hommes, Ambroise Carton, rtbf, 12 mai 2022. https://www.rtbf.be/article/petites-rues-pour-les-femmes-boulevards-pour-les-hommes-ce-que-revelent-les-noms-de-rues-a-bruxelles-infographies-10990785

Seul 4% des rues à Bruxelles portent un nom féminin, Belga, Brussels Studies, 8 Mars 2021. https://www.lalibre.be/regions/bruxelles/2021/03/08/seules-4-des-rues-a-bruxelles-portent-un-nom-feminin-FU2P4ISPP5G7TLZOFTQYWSGARI/#:~:text=En%20R%C3%A9gion%20de%20Bruxelles%2DCapitale,dans%20la%20revue%20Brussels%20Studies.